Livre : Laterna Magica, Ingmar Bergman 10 octobre 2006
Je lis très peu. Je dois lire plus. Je prends beaucoup de plaisir à lire. Mon problème ? Je suis aspiré par l’image (imac, télé) et incapable de lire lorque je suis dans une pièce en présence de ces objets. Alors je lis en vacances, loin d’Internet.
Cet été, en Namibie, j’ai dévoré quatre bouquins dont Laterna magica de Ingmar Bergman, scénariste, metteur en scène de théâtre et réalisateur de cinéma suédois né à Uppsala le 14 juillet 1918. C’est Delphine Brual qui m’a offert ce livre, à l’issu de notre travail théâtral autour de la pièce “Un grenier en automne“. Mais c’est Lionel Rondeau qui me l’a fait connaître en parlant d’un de ses films, “Les fraises sauvages“.
Quatrième de couverture : “Lorsque Bergman jette, comme ici, un regard sur sa vie, c’est un homme profondément marqué par une éducation rigide et par une imagination débordante qui parle. Mais c’est surtout un homme de spectacle à la fois directeur de théâtre et réalisateur de films, il a vécu dans la fièvre, entre moments de grâce et échecs. Il s’exprime sans complaisance dans ses jugements, qu’il s’agisse d’inconnus, de vedettes - telles que Laurence Olivier, Greta Garbo ou Herbert von Karajan, avec qui il a travaillé -, ou de lui-même. Mémoires, ou plutôt anti-mémoires, « confessions » modernes, ce livre témoigne de blessures et de crises, mais aussi de rêves et de bonheurs, et il foisonne de souvenirs d’un étrange rayonnement.”
Vous trouverez à la suite les citations et passages du livre qui ont trouvé un écho en moi.
p136 “Je n’éprouve aucune angoisse à l’idée de perdre ce que je possède dans une éventuelle défaite au cours d’un procès. Mes biens, ce n’est pas en argent que je les compte.”
p141 “Et je dis comme Strindberg quand il piquait une colère : Gare à toi, mon salaud, nous nous retrouvons dans ma prochaine pièce.”
p256 ” J’ai appris que tout était une question de vie ou de mort, mais que ça n’avait pas beaucoup d’importance, j’ai appris que compréhension et malentendus vont de pair comme des siamois, j’ai appris, qu’en tout, le pourcentage de contrariété domine, que rien n’est plus dangereux que le manque de confiance en soi, que l’accablement frappe les plus forts et que les geignements quotidiens traversent murs et plafonds comme un sécurisant ronron : on aboie, on se plaint, on ronchonne, mais on rit aussi souvent”.
p207 “Quand j’arrive à la répétition, il faut que chaque instant de ma représentation soit prêt. Mes indications doivent être claires, utilisables et stimulantes, de préférence. Seul peut improviser celui qui s’est bien préparé”.
p258 “Dans mon épisodique journal, j’ai noté : la vie a exactement la valeur qu’on lui attribue. La formule est certes banale. Mais pour moi c’était un savoir tellement neuf que je ne parvenais pas à le mettre en oeuvre.”
p304 “Je m’établis producteur et réalisai des projets avec d’autres metteurs en scène.
Je ne crois pas avoir été un très bon producteur puisque je ne me suis pas efforcé de dominer. J’en suis devenu malhonnête, encourageant trop et n’exigeant pas assez”
p335 “L’échec peut avoir un goût plein de fraîcheur et d’âpreté. Ce qui vous contrarie réveille l’agressivité et redonne vie à une créativité sur le point de tomber dans la tropeur. Il est voluptueux d’escalader la paroi nord-ouest de l’Everest. Avant que le silence ne me soit imposé pour des raisons psychologiques, j’aime bien être contredit et contesté. Mais pas seulement par moi, car c’est tous les jours que je me contredis et que je me conteste. Je veux être embarrassant, irritant et difficile à situer.”
p339 “Dans notre métier, nous jouons chaque jour avec le temps : nous l’allongeons, nous l’abrégeons, nous l’effaçons. Cela va de soi et l’on consacre pas une pensée à ce phénomène.”
p378 “Je continue à feuilleter. Mère disparaît de plus en plus dans le fourmillement des photos de famille. Maintenant, elle vient d’être opérée, on lui a enlevé les ovaires et les trompes, elle est assise, elle cligne un peu des yeux sous une lumière trop forte, elle est vêtue d’une élégante robe claire, le sourire n’arrive plus jusqu’au yeux.”

Je suis tellement ravi de savoir que tu as lu ce merveilleux livre, que j’ai découvert il y a moins d’un an. Il m’a moi aussi touché très profondément, tant par l’intelligence et la clairvoyance des réflexions, que par le style de certaines scènes de souvenir, très proches de son style cinématographique.
C’est bête, mais ça fait tellement plaisir de sentir en ses amis une communauté d’esprit artistique et intellectuelle…
Bise
:o) bise !
Ca résonne aussi chez moi, tu me le prêtes ?
“sur le point de tomber dans la tORpeur”
bise